Accords de 1968 : François Bayrou veut réexaminer l'accord franco-algérien !

Le Premier ministre envisage une renégociation des accords de 1968, alors que les relations entre Paris et Alger se détériorent.

Publié : 28 février 2025 à 10h31 par La rédaction

François Bayrou
Crédit : François Bayrou - Facebook

Les relations franco-algériennes traversent une nouvelle période de turbulence. François Bayrou a exprimé son souhait de réexaminer en profondeur les accords bilatéraux qui régissent les flux migratoires entre les deux pays.

Lors d’un comité interministériel sur l’immigration, réuni le 26 février, il a estimé que ces accords ne sont « pas respectés » et qu’ils accordent « des avantages considérables aux ressortissants algériens ».

Un bras de fer diplomatique

François Bayrou a annoncé que la France allait demander à l’Algérie de revoir « la totalité des accords » dans un délai d’« un mois, six semaines ». Cette déclaration intervient alors que le gouvernement cherche à renforcer son contrôle sur l’immigration.

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a d’ailleurs réactivé le Comité interministériel de contrôle de l’immigration (Cici), initialement créé en 2005, pour répondre aux « attentes des Français en faveur d'une plus grande maîtrise des flux migratoires ».

Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, propose de réduire conjointement les délivrances de visas à l’échelle européenne pour les pays refusant de reprendre leurs ressortissants expulsés. Une approche plus stricte qui s’inscrit dans la volonté de Paris d’établir un « rapport de force » avec Alger.

Une « main tendue » ou un ultimatum ?

Si la demande de révision des accords est présentée comme une « main tendue », elle est aussi perçue comme un avertissement. « C'est une main tendue, c'est-à-dire que nous sommes dans des accords depuis 1968 et aujourd'hui l'Algérie fait des entorses à ces accords de 68 qu'elle n'a jamais respectés et c'est la sécurité des Français qui est en cause », a déclaré Sophie Primas, porte-parole du gouvernement, sur BFMTV.

Les accords de 1968, qui définissent un cadre spécifique pour les Algériens souhaitant s’installer en France, ont été révisés à plusieurs reprises. Une nouvelle modification avait été envisagée en 2022, mais n’a jamais abouti.

François-Noël Buffet, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, a insisté sur la nécessité d’adopter une position plus ferme avec Alger. « Il faut reprendre les discussions fermement, mais sereinement », a-t-il déclaré sur RMC.

Des mesures de rétorsion à l’étude

Parmi les options envisagées pour faire pression sur l’Algérie, plusieurs ministres évoquent un durcissement des conditions de visa. François-Noël Buffet n’exclut pas d’aller plus loin en engageant une « dénonciation » des accords de 1968 si Alger refuse de coopérer. « Nous avons plusieurs moyens de discussion, et même de pression », a-t-il affirmé, soulignant que le blocage des visas pourrait être une arme de négociation.

Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, soutient lui aussi l’idée d’un rapport de force. Toutefois, Jean-Noël Barrot met en garde contre les décisions unilatérales qui pourraient aggraver les tensions. « Quand on agit de façon unilatérale en disant : 'J'arrête les visas' – ça ne fonctionne pas », a-t-il déclaré sur CNews, plaidant pour une approche plus diplomatique.

Une crise qui s’étend au Parlement

Les tensions ne se limitent pas aux discussions entre gouvernements. En réponse aux récents événements, le Conseil de la Nation algérien a suspendu ses relations avec le Sénat français, mettant fin au protocole de coopération parlementaire signé en 2015.

Cette rupture est en partie liée à la visite du président du Sénat français à Laâyoune, au Sahara occidental. Dans un communiqué officiel, le Conseil de la Nation a dénoncé une « dérive d’une extrême gravité ».

Vers une prise de parole d’Emmanuel Macron ?

Face à cette crise grandissante, plusieurs voix appellent Emmanuel Macron à intervenir. L’historien Benjamin Stora, spécialiste des relations franco-algériennes, estime que le président doit « trouver les mots justes » pour sortir de l’impasse. « Nous ne pouvons pas rester dans l’attentisme et le silence », a-t-il déclaré sur Franceinfo.