Immigration : les Algériens exclus de la nouvelle liste des métiers en tension !

Face aux tensions croissantes entre Paris et Alger, Patrick Stefanini, représentant spécial du ministre de l’Intérieur sur l’immigration, plaide pour une fermeté accrue dans les négociations bilatérales.

Publié : 1er mars 2025 à 11h28 par La rédaction

Patrick Stefanini
Crédit : Ministère de l'Intérieur

Depuis sa nomination en novembre dernier, Patrick Stefanini défendait dans un entretien accordé à Paris Match une approche basée sur le dialogue pour améliorer l’exécution des expulsions vers les pays peu enclins à reprendre leurs ressortissants. Mais face à l’absence de résultats concrets avec l’Algérie, il estime désormais nécessaire d’établir un rapport de force, notamment en matière de visas et d’accords bilatéraux.

Un dialogue dans l’impasse

Selon Patrick Stefanini, l’Algérie ne respecte pas ses engagements internationaux en refusant d’appliquer les accords signés avec la France. Il cite en exemple le cas de l’attaque de Mulhouse, responsable d’un meurtre et de plusieurs blessés, qui faisait l’objet de 14 demandes de laissez-passer consulaires, toutes restées sans réponse.

Pour tenter de débloquer la situation, François Bayrou a laissé un délai de 4 à 6 semaines aux autorités algériennes afin de prouver leur volonté de coopération. D’ici quelques jours, le gouvernement prévoit de transmettre une liste des ressortissants sous le coup d’une mesure d’éloignement et actuellement en centre de rétention administrative – estimés entre 730 et 750 personnes –, ainsi que celle des individus radicalisés jugés potentiellement dangereux. Si Alger persiste à ne pas les reprendre, Paris pourrait alors activer des mesures de rétorsion.

L’accord de 1968 remis en question

Patrick Stefanini juge obsolète l’accord franco-algérien de 1968 sur l’immigration, considérant qu’il ne correspond plus aux réalités migratoires actuelles. Il rappelle que depuis 2005, la France a mis en place une politique de migration « choisie » pour attirer les étudiants et travailleurs qualifiés, une dynamique dont les Algériens ne bénéficient pas à ce jour. Il estime qu’une révision ou une dénonciation de cet accord pourrait offrir une opportunité de refonte des relations migratoires entre les deux pays.

Une dernière chance avant des mesures coercitives

Si aucun progrès n’est constaté dans les semaines à venir, Patrick Stefanini n’exclut pas un durcissement des relations bilatérales. Toutefois, il insiste sur la nécessité de suivre les étapes établies par le gouvernement avant d’envisager des actions plus radicales.

« Le Premier ministre n’a pas encore dénoncé les accords actuels », précise-t-il, rappelant qu’Alger dispose encore d’une marge de manœuvre pour répondre aux demandes de la France.

Vers l’exclusion des Algériens des métiers en tension ?

Une mise à jour cruciale des politiques d’immigration est sur le point d’être effectuée par les ministères de l’Intérieur et du Travail, concernant les métiers en tension en France.

Selon Patrick Stefanini, représentant spécial du ministre de l’Intérieur, cette révision vise à adapter les besoins actuels du marché du travail français. Toutefois, il souligne que « Les ministres de l’Intérieur et du Travail vont, prochainement, actualiser la liste des métiers en tension et les ressortissants algériens n’en seront pas bénéficiaires. »

Le rôle central d’Emmanuel Macron

Interrogé sur l’attitude du chef de l’État, Patrick Stefanini rappelle que la politique étrangère est une prérogative présidentielle. « Si Emmanuel Macron a des idées pour convaincre les autorités algériennes de coopérer avec nous, c’est une bonne chose », affirme-t-il, tout en soulignant que le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a déjà fait tout ce qui était en son pouvoir. Il insiste sur la nécessité d’un engagement direct du président pour débloquer la situation.

Le levier des visas en préparation

Le comité interministériel sur l’immigration a décidé d’appliquer l’article 47 de la loi Darmanin, votée fin 2023, qui permet à la France de restreindre l’octroi de visas aux pays refusant de reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière.

Jusqu’ici, cet article n’avait pas été mis en œuvre en raison de désaccords entre les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Mais selon Patrick Stefanini, son application pourrait désormais concerner l’Algérie, ainsi que d’autres États récalcitrants.

Vers la création d’une force frontière en France

François Bayrou a récemment évoqué la généralisation de la « force frontière » à l’ensemble du territoire. Patrick Stefanini précise qu’il ne s’agit pas de créer une nouvelle entité, mais plutôt de renforcer les moyens des douaniers, policiers et gendarmes chargés du contrôle des frontières. Ce dispositif a été testé dans les Alpes-Maritimes et les Hautes-Alpes, et devrait être déployé à plus grande échelle pour lutter efficacement contre l’immigration illégale.