Une note secrète de la Place Beauvau détaille les mesures de rétorsion contre Alger !

Une note confidentielle du ministère de l’Intérieur propose des mesures de rétorsion contre l’Algérie en réponse aux tensions croissantes entre les deux pays.

Publié : 2 mars 2025 à 13h04 par La rédaction

Bruno Retailleau
Crédit : Bruno Retailleau - Facebook

Une note interne du ministère de l’Intérieur, révélée par La Tribune, dimanche 2 mars, dresse un constat préoccupant de la détérioration des relations entre la France et l’Algérie.

Ce document confidentiel, élaboré en amont du comité interministériel de contrôle de l’immigration du 26 février, suggère un durcissement des positions françaises face à Alger, notamment sur les questions migratoires, sécuritaires et diplomatiques.

Un rapport de force assumé

Intitulé « Crise politique avec l’Algérie : de la nécessité d’engager un rapport de force », ce document met en lumière les différends persistants entre les deux pays. Il revient notamment sur les difficultés liées à l’application des obligations de quitter le territoire français (OQTF) et le refus d’Alger de réadmettre certains de ses ressortissants.

Le ministère de l’Intérieur préconise ainsi une série de mesures visant à « accentuer la pression » sur le gouvernement algérien. Parmi elles, une remise en cause des accords bilatéraux de 1968, ainsi qu’un durcissement de la politique de délivrance des visas.

Des sanctions ciblées contre les élites algériennes

La note envisage également des restrictions importantes à l’encontre des personnalités influentes du pays. Il est notamment question d’élargir la liste des dignitaires algériens interdits de séjour en France, en y incluant des figures militaires et économiques. Des sanctions financières pourraient également être appliquées, touchant les intérêts patrimoniaux de ces élites en France.

Une autre proposition concerne l’instauration d’une « liste de persona non grata », qui pourrait aboutir à l’expulsion de certains Algériens du territoire français.

Un contrôle accru aux frontières

Sur le plan des transports, la note suggère de suspendre les activités des compagnies aériennes et maritimes algériennes en France, ainsi que de renforcer les contrôles aux frontières, notamment pour les ferries arrivant au port de Sète.

Par ailleurs, les consuls généraux algériens en France pourraient être convoqués afin de leur rappeler les engagements pris en matière de réadmission de leurs ressortissants. Le document évoque aussi la possibilité d’un recours devant les instances internationales pour dénoncer le non-respect par l’Algérie de ses obligations en matière migratoire.

Une relation bilatérale sous tension

La note revient également sur les sources des tensions actuelles entre Paris et Alger. Elle cite notamment le soutien apporté par la France au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, une décision qui a contribué à refroidir encore davantage les relations avec l’Algérie.

Elle évoque également l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre dernier par les autorités algériennes, ainsi que la montée en puissance d’influenceurs algériens en France, perçus comme une menace sécuritaire par la Place Beauvau.

L’épineuse question des expulsions

Selon le document, la coopération franco-algérienne en matière d’immigration reste « structurellement insatisfaisante ». En 2024, la France a délivré 245 000 visas aux Algériens et émis 25 000 OQTF. Pourtant, seuls 2 999 éloignements ont été effectivement réalisés.

En outre, près de 40% des personnes retenues dans les centres de rétention administrative (CRA) sont de nationalité algérienne, et parmi elles, 9 sur 10 sont soit des islamistes radicalisés, soit d’anciens détenus, soit considérées comme une menace pour l’ordre public.

Une pression diplomatique grandissante

Face à ces blocages, la note recommande de réévaluer les accords bilatéraux qui encadrent la présence algérienne en France. La « dénonciation » des accords de 1968 est évoquée comme une « proposition ultime ». Il est aussi suggéré de ralentir les procédures d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français menés en Algérie entre 1960 et 1966.

François Bayrou a donné mercredi 26 février 2025 un ultimatum de « quatre à six semaines » à l’Algérie pour accepter le retour de ses ressortissants sous OQTF, faute de quoi les accords bilatéraux seraient « remis en cause ». De son côté, Emmanuel Macron, en déplacement au Portugal, a prôné un « travail de fond » sur ces questions, tout en mettant en garde contre toute exploitation politique du dossier.